Le blog de Marcel

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mercredi, septembre 23 2009

Le foyer entrepreuneurial

Pour ceu-x/lles qui n'auraient pas encore bien compris en quoi le foyer et l'entreprise sont des structures sociales bien similaires régies par le patriarcat, j'ai eu un sujet d'étude formidable qui illustre quelques points rigolos.

Chez nous, l'entreprise doit devenir notre famille. Ça peut prendre plusieurs niveaux selon l'engagement de chacun-e, mais ça commence au minimum avec les fêtes d'anniversaire de tout le monde, puis les visites chez les un-es chez les autres, les vacances communes, pour aller vers du mariage inter-salarié-e et de la production d'enfant certifiées par l'entreprise (idéalement conçus sur place). Bref, tout ça pour dire, ici on ne rigole pas avec "la famille".

Comme dans toute bonne famille qui se respecte, il y a des fêtes de famille, ça permet de faire mieux connaissance avec les cousin-es de la comptabilité, de jouer au frisbi avec les enfants du patron, et de rencontrer les dépendances des gens ayant une vie privée en dehors de la famille, et qui sait, de faire peut être créer des nouvelles relations incestueuses... Mais comme rien n'est gratuit, il faut mériter sa petite fête.

Cette année, les patrons ont organisé une journée "grand nettoyage" de l'entreprise. Ça à l'air sympa comme ça, ça permet de faire autre chose que la tâche pour laquelle on est spécialisé, et ça mets tout le monde sur un pied d'égalité... Oui mais... Comme qui dirait, il y en a qui sont plus égaux que d'autre. La hierarchie existante (mais souple, version "startup") est effectivement un peu réduite ce jour là... Pour affirmer des hierarchies bien supérieures :

- les femmes nettoient les parties communes, l'éponge dans une main, le spray décapant dans l'autre. Les frigos où les hommes laissent moisir leurs fruits pendant des mois ont été héroïquement nettoyés par les femmes "tout naturellement". - Les hommes qui travaillent dans les bureaux ont détruit pendant ce temps les documents inutiles qu'ils entassent dans leurs armoires - Les patrons, après avoir peut être fait le ménage de leurs photos sur leurs ordinateurs portables sont venu faire quelques tours de "contrôle qualité" au milieu des salariés nettoyant la merde accumulée les X dernières années. C'est vrai que le costard noir et les raybans, c'est pas pratique pour nettoyer le filtre du lave vaisselle...

Après plusieurs heures d'intense nettoyage, nous sommes donc tou-tes allé-es faire un pic-nic/barbecue dans le parc d'à côté. Les hommes transportent les tables et les bières, les femmes la vaisselle et les salades. Une petite musique de la petite maison dans la prairie, et on s'y croirait presque. Une fois tout sur place, les hommes font le feu en buvant des bières, les femmes installent le buffet et les décorations. C'est beau comme une peinture. Histoire de vraiment rentrer dans les clichets, les patrons s'allument des cigares...

Le/La prochain-e qui me dit que le capitalisme n'est pas lié au patriarcat a le droit de se mettre un cigarre de mon patron dans l'anus (avant que je ne le remettre discrètement dans sa boite...).

jeudi, août 20 2009

SPD : enfoiré-es

Bon, j'avoue que le titre peut paraître un peu lointain de mon monde du travail, mais vous allez comprendre.

Mon patron préféré a envoyé un mail à tou-tes les salarié-es aujourd'hui, pour nous annoncer des visiteu-ses/rs demain. On commence à être un peu habitué-es, et généralement, ce genre de mail ne contient qu'un simple "comme d'habitude !", puisque chacun-e sait déjà qu'il faut être sourillant, cacher la misère sous le tapis et fermer les portes secrètes.

Mais là, oh surprise, le mail d'information est très long. C'est qu'il s'agit d'un cas exceptionnel, le candidat local du SPD pour le Bundestag vient voir comment se portent les entrepreuneu-se/rs locaux. C'est gentil ! Donc notre gentil patron qui reçoit la visite d'un gentil candidat social-démocrate nous rappelle qu'il n'est pas question que l'entreprise s'affiche comme soutenant un parti quelqu'il soit. Il est juste question d'avoir des contacts haut placés qui "ont une influence non négligeable sur l'attribution des budgets et des marchés publics". Bref, on les reçoit avec le sourire, comme ça ils rempliront le caddie chez nous. N'oubliez jamais, la politique ça sert avant tout à faire tourner la boutique.

Quelques petits détails se rajoutent aux conseils usuels. Il est de bon ton de ne pas parler de nos problèmes à ce politicien, car la presse-bourgeoise qui le suit pourrait en prendre bonne note, ce qui aurait pour conséquence malheureuse de donner des informations à la concurence. Et hop, voilà comment on utilise une clause de confidentialité d'un contrat de travail pour en faire un outil de censure politique. J'avoue, je n'avais pas vu la subtilité en signant mon contrat de travail, et je dois dire que c'est du grand art !

À côté de ça, il est rappelé pour c-elles/ux qui n'auraient pas compris, qu'il est impératif de garder le silence radio sur les mesures scélérates et éviter les questions de "la crise". En même tant, à quoi bon... Parceque n'oublions jamais : les sociaux-traitres ne changeront de toute manière jamais rien à la vie des travailleu-se/rs, alors ça sert donc à rien qu'ils sâchent qu'on en chie... Et puis d'ailleurs, si ils/elles s'en inquiétaient vraiment, ils/elles auraient pris rendez vous avec les salarié-es, pas avec les patrons...

Si il y avait un syndicat dans la boite, on aurait pu faire une petite opération 2 pour le prix d'un : taper sur le SPD et sur les patrons en un seul coup. Mais là, je crois que je n'ai pas trop le courage de m'y lancer tout seul...

En tout cas, pour moi le SPD vient de confirmer dans quel camp il se trouve, qu'il y crêve.

dimanche, août 2 2009

Première visite de la filiale

L'autre jour, moi et mon collègue sommes allés faire un petit tour dans la filliale pour préparer l'extension de notre empire. Le point positif, c'est que 4h de voiture comptent comme du travail, que ça fait prendre l'air, qu'on a pas les chefs sur le dos, et qu'on peut faire un peu de tourisme en même temps.

Le point négatif, c'est que toutes les visites précédentes venant de la maison mère étaient des visites hostiles, et que le contact est difficile même si on est du même côté du salariat... Certes notre visite n'était pas pûrement de courtoisie, mais au moins, on était pas là pour voler la cafetière et les plantes vertes. Bref, on a beau être gentils, c'est difficile d'être accueuilli à bras ouverts.

À l'aller, mon collègue me dis "Le patron m'a appelé hier soir pour me briefer, il a dit qu'on devait s'en tenir à la technique, et éviter de parler de la politique de la boite, car c'est encore un peu sensible là bas..." Étrange ! Moi, il ne m'a pas appelé le patron ! J'y aurais pas pensé par moi même, mais histoire de dissiper tout malentendu, il va falloir parler politique avec les collègues de la bas !

Mon homologue dont je vais voler le travail à finalement démissionné de lui même. Il a pu trouver un boulot intéressant ailleurs, et semblait assez content de fuire le mouroir qu'est devenu la filiale. Même si rien n'a été dis clairement, j'ai cru voir une certaine forme de reconnaissance vis à vis du fait que je l'avais prévenu secrètement de la suppression probable de son poste il y a quelques mois.

L'autre informaticien survivant, dont le contrat a été rompu pour la fin de l'année semblait quant à lui pas désespéré, et plutôt joueur vis à vis de la situation de merde. Les autres ont pas étés très locaces. La méfiance règne, et elles/ils ne sont dûpes que la purge n'est pas terminée.

Bref, arrive le moment du repas. L'avantage d'une petite boite qui est en train de se faire laminer, c'est que les salarié-es ne se surexploitent plus trop, et qu'aller tout-es ensemble manger à midi, et bien ça fait parti des petits plaisirs qu'il reste quand on sait pas si on touchera son salaire à la date prévue. Par contre, avoir des taupes au repas de midi ça sême le trouble. Hors mis les 2 informaticiens, peut être plus au courant de ma relation avec les patrons, les autres salarié-es étaient plutôt distant-es. Finalement, en amenant l'air de rien une discussion sur les "grèves à la française", un peu plus stressantes pour les patrons, l'un des informaticiens a sorti, c'est vrai que le patron chez nous il est un peu stressé par un français !

Y'avait un petit sourire satisfait quand il a dit ça, c'est toujours ça de pris.

mardi, avril 21 2009

Bienvenue sur le blog de Marcel.

Bonjour à tou-tes

J'ai décidé d'ouvrir ce blog pour raconter la merveilleuse aventure du salariat. J'y ai plongé de toute mon âme il y a maintenant plus d'un an, et c'est chaque jour une source d'émerveillement. En cette période de crise économique, je trouve qu'il manquait une source d'information associant l'Entreprise à la joie et au rire. Je vais donc essayer de combler ce manque, en racontant, jour après jour (mais peut être pas chaque jour, il faut quand même travailler pour relancer le pays) mes formidables aventures dans le monde de l'Entreprise. Une forme de chronique salariale en quelque sorte, parceque oui, je suis tombé du mauvais côté de l'entreprise, celui des salarié-es qui en chient.

Pour ajouter une couche d'exotisme à cette aventure, je suis expatrié en Allemagne, où le monde de l'entreprise est parfois différent. La culture salariale, la culture patronale, la culture syndicale, sont chaque jour de nouvelles sources d'émerveillement, mais aussi de nouveaux cas d'étude de grand intérêt.

Voilà. Ce mot d'introduction étant fait, je vous souhaite à nouveau la bienvenue sur mon blog, celui de mes chroniques salariales (extra)ordinaires.

Du Sud-Est des Montagnes germaniques, Sous-commandant salarié Marcel.