Le blog de Marcel

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Tag - paternalisme

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lundi, avril 26 2010

Manager syndical

Depuis la démission d'un de mes collègue, je me suis découvert un nouveau métier. Je ne sais pas si ça existe déjà, alors j'ai trouvé un nom pour ça : "manager syndical". Certes, on est pas lié à un syndicat, mais je trouve ça rigolo de reprendre le concept très néo-libéral du "manager personnel" qui permet à chacun-e de savoir se vendre au mieux, dans le secteur de la lutte des classes.

Le travail consiste donc à faire du conseil personalisé pour affronter au mieux la hierarchie et la direction dans sa vie de tous les jours. Bon, j'ai pour l'instant un seul client et il a démissionné, mais voilà que je viens d'être replongé dans mon rôle de manager...

Pour des raisons obscures, mon collègue démissionnaire n'a toujours pas été remplacé. Il semblerait qu'aucun-e personne compétente ne se soit présenter pour le poste. La personne embauchée pour le remplacer n'a pas survécu à la première semaine. J'ai pas eu le temps de le connaitre, et on aura eu aucune explication trop détaillée. Tant pis. Ça fout la merde dans le service, et c'est rigolo à regarder. Si on prend pas soin de ses salarié-es et bien on fini par le payer.

Bref, le poste est vacant, et le collègue démissionnaire a téléphoné à notre chef la semaine dernière pour avoir sa lettre de recommendation. De fil en aguille, et en l'absence des conseils de son manager syndical personnel, mon feu-collègue à expliqué à mon chef que son nouveau travail n'était pas si formidable que ça, et ils sont arrivés à l'idée d'un retour chez papa. Pas con, mon chef à entamé la négociation en lui présentant cette perspective comme si il s'agissait d'une faveur qui lui serait faite. "Si tu es gentil et que tu nous donne la réponse dans 2 jours, et bien on pourrait songer à te reprendre. Mais aux conditions que tu avais avant." Sachant que le feu-collègue est parti officiellement parcequ'il était payé au lance-pierre, et que son nouveau boulot est payé 30% de plus pour moins d'heures de travail, ça fricotte déjà limite avec l'insolence. Mais bon, comme dit, "ils ne sont grands que parceque nous sommes à genoux.", et parfois mon feu-collègue est plutôt à genoux...

J'ai donc eu le privilège de réaliser un support téléphonique d'un type particulier, de 2h ce week-end. La Hotline-Marcel en quelque sorte. Mon feu-collègue me présentait donc sa stratégie : répondre à toutes les attentes du patronat et de la hierarchie, pour pouvoir avoir la chance d'être repris. Un autre salarié auquel il avait parlé et connaissant un peu le caractère de cochon d'un des patrons, et son habitude à tout prendre personnellement, lui conseilla même de l'appeler directement pour lui dire qu'il avait fait une erreur en démissionant afin de l'amadouer... Au final, j'ai essayé de lui montrer qu'il était en posistion de force et qu'il pouvait négocier, et imposer ses règles et son tarif. Comme je connaissais un peu sa tendance à se coucher devant la pression, et à groner après, je lui ai proposé d'envoyer un mail avec ses conditions, plutôt que de téléphoner... Après 2 heures de discussion, on est passé de la position rampante à la position à genoux. Belle progression ! Je lui avait conseillé de ne pas appeler avant 18h, histoire de voir si ils allaient l'appeler, et de montrer que finalement son nouveau travail n'est pas si mal, et que c'est lui qui veut bien consentir à faire une faveur à la boite en revenant.

Bon, aujourd'hui me voilà bien désavoué en manager. Certes, je le savais, mais quand même !. Mon feu collègue à appelé mon chef au petit matin. Résultat, mon chef nous a présenté pendant le meeting hebdomadaire la situation à sa manière. "X est parti essentiellement pour avoir un plus gros salaire, et il idéalisait les autres boites. Maintenant il veut revenir pour travailler dans les mêmes conditions qu'avant. Il a beaucoup de chance que son remplaçant n'ait pas tenu longtemps, donc on peut lui offrir la chance de revenir parmis nous ! Notre boite est quand même formidable !". Voilà. Effet garanti. La preuve vivante de la supériorité des conditions de travail chez nous doit tous nous éblouïr. Si jamais cette idée sogronue trotait dans la tête de certain-es, la voilà éradiquée !

Après avoir informé mon disciple des quelques nouveautés je me risque tout de même à quelques nouveaux conseils avant qu'il n'appelle le patron. Nouvel échec. L'argument est répété, le patron énervé. On lui fait une fleur si on le laisse revenir, et faudrait qu'il commence à comprendre. On ne négocie pas la charité !

Les LIPs avaient bien raison : "le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui !". Dommage que tant de monde l'ai oublié.

samedi, mars 27 2010

Les salarié-es vu-es d'en haut

D'une manière générale, on considère que l'esclavage à été aboli et que c'est une bonne chose dans l'évolution de l'humanité. J'aurais tendance à être assez d'accord avec ce principe bien-pensant, mais parfois, je me demande à quel point il a été aboli. Surtout quand j'observe l'animal étrange qu'est mon patron dans son environement naturel : les couloirs de l'entreprise.

Alors certes, la relation officielle entre lui et ses sujets s'appelle "salariat", mais parfois ça laisse songeur. On connaissait le principe de la "secrétaire particulière" (à disposition permanente et unique de son patron), et autres assitant-es à plein temps (j'entends par là 24h/24), et bien je crois que ça manque à l'un de mes partron, parcequ'à défaut d'en avoir un-e, il considère certain-es salarié-es comme tel-le.

Depuis des mois que je l'observe, j'ai pu observer la manière dont il utilise mon collègue pour ses problèmes personnels.

Il y a quelques temps, il lui a donc confié la tâche de préparer un ordinateur portable de notre stock de vieux ordinateurs pour son usage personnel. Et comme si cela ne suffisait pas, il a également confié à ce dernier la tâche d'aller faire ses courses, car Monsieur à besoin d'une webcam avec cet ordinateur portable. Ça va sans dire que la configuration du bouzin doit également être réalisé par le collègue dans ses heures de travail. Comme si ça suffisait pas, dans le forfait on trouve aussi la formation aux outils adaptés. "Tiens, regarde voià comment tu vas pouvoir faire du chat érotique avec ta femme quand tu es en déplacement aux frais de la boite !"

Quelques semaines plus tard, un autre patron récupérait aussi à titre privé un ancien ordinateur portable de notre stock, -licences des logiciels comprises-, pour son usage personnel. À nouveau, mon collègue a dû interrompre ses occupations, pour préparer l'engin pour le lendemain.

De manière assez régulière, il nous est également demandé d'aller choisir un disque dur, un vibromasseur usb, ou tout autre accessoire en relation avec les ordinateurs privés de la direction, pendant nos heures de travail.

Un peu après Noël, l'un des patrons qui s'était payé un nouvel appareil photo numérique est venu dans mon bureau affolé. Opération d'une priorité absoule. Il avait malencontreusement effacé ses vidéos HD de noël où son petit bout-de-chou ouvre ses dizaines de jolis paquets cadeaux. Il me fallait donc faire une opération de sauvetage de données pour que ce souvenir d'un noël radieux soit sauf. Je suis sûr que les vidéos de noël des ouvrié-eres de la production n'étaient ni en HD, ni aussi longues. Mais bon, elles avaient sûrement moins de valeur. Après avoir travaillé au mi-temps imposé pendant 6 mois, leurs enfants ont du avoir moins de cadeaux...

Je ne sais pas si on peut qualifier ça d'un abus de pouvoir ou d'un détournement de biens, mais en tout cas, la prochaine fois qu'un patron viendra m'expliquer qu'une nouvelle mesure scélérate proposée est à prendre en compte non pas pour eux, mais pour la santé de la boîte, je crois que je le verrai encore un peu plus amèrement...

jeudi, décembre 10 2009

Noël

Noël c'est la joie, les familles unies, le moment de l'harmonie et de la réconciliation des petits conflits.

C'est comme ça dans toutes les familles un poil sous influence catho. C'est un moment "sacré", et on a pas le droit de le gâcher.

Aujourd'hui, il y avait la fête de Noël de l'entreprise. C'est moins impressionnant que l'an dernier, mais il faut dire que les petites disputes de famille ne sont pas du même ordre... Comme les patrons n'ont pas grand chose à se faire pardonner cette année, et qu'il faut montrer qu'on continue à serrer la ceinture, et bien la petite fête a été limitée cette année à un peu de vin chaud et un buffet dans la grande salle de réunion. "Dans l'intimité" pour ainsi dire. Car c'est vrai, rien ne vaut l'intimité et la chaleur du foyer pour fêter Noel.

Bizarrement, cette fête de Noël n'enchante pas. Une collègue me voyant assis à mon bureau à finir des petits trucs en retard me demande "Tu n'as pas envie de fêter ?". Le problème n'est pas tellement que je n'aime pas noël, mais plutôt cette fête me rappelle celle de l'an dernier. Flash back.

Début décembre 2008, chacun-e se prépare à fêter noël, dans la joie et la bonne humeur, dans la douceur de son foyer. La neige recouvre l'Allemagne, les lumières en forme de petit jésus, d'étoile et de père noël commencent à illuminer la ville... Tout allait bien... Nous étions préparé-es à une grande fête de noël d'entreprise incroyable, préparée en secret par les patrons (et la secrétaire), et ce dans quelques jours seuelement.... Mais voilà, la veille de la date fatidigue, une réunion de tout le personnel est convoquée pour le lendemain après-midi. J'y allais les mains dans les poches en m'attendant à un truc chiant d'auto-satisfaction. En bon cancre, je m'installe au fond de la salle, près de la porte, et du radiateur, en regardant passivement les courbes qui montent et qui décendent. Soudainement, un mot chatouille mon oreille : "crise". Mais bon c'est la saison et on l'entends 100 fois par jour à la radio... Mais là, après avoir énuméré l'ensemble des économies entreprises depuis quelques mois pour améliorer la situation, nos patrons présentent les "mesures" pour 2008 et 2009. Là mon oreille se dresse. Les 2 mesures phare pour 2008 sont présentées : renoncer à toutes ses vacances en reste (elle ne seront ni payés, ni déplaçable à l'année suivante), et renoncer à son salaire du mois en cours. L'objectif de cette entourloupe : présenter un bilan positif à une banque, pour qu'elle ne retire pas son prêt et qu'elle soit heureuse. Et pour fausser un bilan, il faut faire les économies dans l'année comptable, qui finit le 31 décembre. Histoire de s'assurer d'une totale réussite de cette opération, la signature est nécessaire le lendemain matin, empêchant toute reflexion collective sur une solution alternative. À la question "si on refuse ?", la réponse est claire "on devra se séparer de vous". Chacun-e rentre chez elle/lui affolé-e par la nouvelle.

La nuit suivant la réunion, je décidais de ne pas signer ce papier de renoncement, et d'expliquer mes raisons par voie de mail à l'ensemble des salarié-es. Peine perdue, les 80 autres salarié-es rendaient leur copie dans les 2 jours suivant, acceptant ainsi de travailler gratuitement pendant 1 mois, pour faire plaisir à un banquier. Le lendemain j'étais devenu la bête noire. Les gens ne s'approchaient plus vraiment de moi, de peur d'être repéré comme un soutient à celui qui fout la merde dans notre fraternelle entreprise. Aucune réaction fût pire qu'un bon conflit ouvert. J'attendais le soir et la fameuse fête de noel pour enfin avoir quelques réactions de soutient.

Cette fête de Noël aurait fait un épisode de Strip-tease d'une qualité remarquable. L'ensemble des salarié-es passant une soirée open-bar dans un centre de "sport de plage d'intérieur". La masse salariale séparée en 4 équipes -un patron dans chacune-, pour une soirée jeux de plage à la club-med. Tire à la corde, et autres débilité qu'on imagine dans les bronzés. La différence, 80 personnes viennent d'offrir 1 mois de salaire à leurs patrons. Pas trop une raison de se réjouir... Ont suivi 2 bonnes semaines de harcèlement moral pour tenter de m'obliger à signer un renoncement de salaire "par solidarité avec les autres salarié-es".

Alors bon, non j'ai pas trop envie de fêter avec eux/elles ce soir.

mercredi, septembre 23 2009

Le foyer entrepreuneurial

Pour ceu-x/lles qui n'auraient pas encore bien compris en quoi le foyer et l'entreprise sont des structures sociales bien similaires régies par le patriarcat, j'ai eu un sujet d'étude formidable qui illustre quelques points rigolos.

Chez nous, l'entreprise doit devenir notre famille. Ça peut prendre plusieurs niveaux selon l'engagement de chacun-e, mais ça commence au minimum avec les fêtes d'anniversaire de tout le monde, puis les visites chez les un-es chez les autres, les vacances communes, pour aller vers du mariage inter-salarié-e et de la production d'enfant certifiées par l'entreprise (idéalement conçus sur place). Bref, tout ça pour dire, ici on ne rigole pas avec "la famille".

Comme dans toute bonne famille qui se respecte, il y a des fêtes de famille, ça permet de faire mieux connaissance avec les cousin-es de la comptabilité, de jouer au frisbi avec les enfants du patron, et de rencontrer les dépendances des gens ayant une vie privée en dehors de la famille, et qui sait, de faire peut être créer des nouvelles relations incestueuses... Mais comme rien n'est gratuit, il faut mériter sa petite fête.

Cette année, les patrons ont organisé une journée "grand nettoyage" de l'entreprise. Ça à l'air sympa comme ça, ça permet de faire autre chose que la tâche pour laquelle on est spécialisé, et ça mets tout le monde sur un pied d'égalité... Oui mais... Comme qui dirait, il y en a qui sont plus égaux que d'autre. La hierarchie existante (mais souple, version "startup") est effectivement un peu réduite ce jour là... Pour affirmer des hierarchies bien supérieures :

- les femmes nettoient les parties communes, l'éponge dans une main, le spray décapant dans l'autre. Les frigos où les hommes laissent moisir leurs fruits pendant des mois ont été héroïquement nettoyés par les femmes "tout naturellement". - Les hommes qui travaillent dans les bureaux ont détruit pendant ce temps les documents inutiles qu'ils entassent dans leurs armoires - Les patrons, après avoir peut être fait le ménage de leurs photos sur leurs ordinateurs portables sont venu faire quelques tours de "contrôle qualité" au milieu des salariés nettoyant la merde accumulée les X dernières années. C'est vrai que le costard noir et les raybans, c'est pas pratique pour nettoyer le filtre du lave vaisselle...

Après plusieurs heures d'intense nettoyage, nous sommes donc tou-tes allé-es faire un pic-nic/barbecue dans le parc d'à côté. Les hommes transportent les tables et les bières, les femmes la vaisselle et les salades. Une petite musique de la petite maison dans la prairie, et on s'y croirait presque. Une fois tout sur place, les hommes font le feu en buvant des bières, les femmes installent le buffet et les décorations. C'est beau comme une peinture. Histoire de vraiment rentrer dans les clichets, les patrons s'allument des cigares...

Le/La prochain-e qui me dit que le capitalisme n'est pas lié au patriarcat a le droit de se mettre un cigarre de mon patron dans l'anus (avant que je ne le remettre discrètement dans sa boite...).