Le blog de Marcel

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dimanche 2 août 2009

Première visite de la filiale

L'autre jour, moi et mon collègue sommes allés faire un petit tour dans la filliale pour préparer l'extension de notre empire. Le point positif, c'est que 4h de voiture comptent comme du travail, que ça fait prendre l'air, qu'on a pas les chefs sur le dos, et qu'on peut faire un peu de tourisme en même temps.

Le point négatif, c'est que toutes les visites précédentes venant de la maison mère étaient des visites hostiles, et que le contact est difficile même si on est du même côté du salariat... Certes notre visite n'était pas pûrement de courtoisie, mais au moins, on était pas là pour voler la cafetière et les plantes vertes. Bref, on a beau être gentils, c'est difficile d'être accueuilli à bras ouverts.

À l'aller, mon collègue me dis "Le patron m'a appelé hier soir pour me briefer, il a dit qu'on devait s'en tenir à la technique, et éviter de parler de la politique de la boite, car c'est encore un peu sensible là bas..." Étrange ! Moi, il ne m'a pas appelé le patron ! J'y aurais pas pensé par moi même, mais histoire de dissiper tout malentendu, il va falloir parler politique avec les collègues de la bas !

Mon homologue dont je vais voler le travail à finalement démissionné de lui même. Il a pu trouver un boulot intéressant ailleurs, et semblait assez content de fuire le mouroir qu'est devenu la filiale. Même si rien n'a été dis clairement, j'ai cru voir une certaine forme de reconnaissance vis à vis du fait que je l'avais prévenu secrètement de la suppression probable de son poste il y a quelques mois.

L'autre informaticien survivant, dont le contrat a été rompu pour la fin de l'année semblait quant à lui pas désespéré, et plutôt joueur vis à vis de la situation de merde. Les autres ont pas étés très locaces. La méfiance règne, et elles/ils ne sont dûpes que la purge n'est pas terminée.

Bref, arrive le moment du repas. L'avantage d'une petite boite qui est en train de se faire laminer, c'est que les salarié-es ne se surexploitent plus trop, et qu'aller tout-es ensemble manger à midi, et bien ça fait parti des petits plaisirs qu'il reste quand on sait pas si on touchera son salaire à la date prévue. Par contre, avoir des taupes au repas de midi ça sême le trouble. Hors mis les 2 informaticiens, peut être plus au courant de ma relation avec les patrons, les autres salarié-es étaient plutôt distant-es. Finalement, en amenant l'air de rien une discussion sur les "grèves à la française", un peu plus stressantes pour les patrons, l'un des informaticiens a sorti, c'est vrai que le patron chez nous il est un peu stressé par un français !

Y'avait un petit sourire satisfait quand il a dit ça, c'est toujours ça de pris.

jeudi 23 juillet 2009

Aux revoirs

Ça y est. Ce qui plannait depuis quelques mois au dessus de nos esprits est tombé dans la réalité.

J'ai reçu un mail la semaine dernière de mon homologue de "la filiale". Il vient de recevoir officiellement sa lettre de licenciement. Dans 1 mois et demi, il ne sera plus des notres. Il m'a aussi prévenu que l'autre survivant du département informatique sautera en septembre. Bref, plus aucun-e informaticien-ne en perspective dans la filiale. Il ne précise pas trop les détails, mais il me dit qu'il faudra penser à comment organiser ma reprise de son travail.

Mon empire s'étend. Si j'étais imperialiste, je suis sûr que ça m'enchanterait, mais comme je suis plutôt pour le partage du travail, et bien c'est pas super réjouissant.

J'ai reçu ce mail alors que mon chef était en vacances. À la réunion après son retour, on a évoqué la question et il était un peu surpris et ne comprenais pas bien. Incroyable. Le dévot de l'entreprise, salarié depuis le début et ami de la direction, n'avait pas été prévenu de cette information le concernant quand même beaucoup ! Mais non, il n'y a pas de problème de communication dans la boite !

Bref, on s'approche donc lentement de l'objectif "noyau dur" pour la filiale, soit 75% de réduction des effectifs... Mais là, c'est bizarre parceque je vais officiellement voler le travail d'un collègue. Comment réagir face à une demande comme celle là ? Pourquoi les patrons ne m'ont pas prévenu directement de leur décision de virer le collègue et du fait que je devrais reprendre son travail ? Pourquoi ont-ils demandé au collègue en question de me prévenir ? C'est étrange, mais j'ai tendance à croire qu'ils ne se sentaient pas trop de venir directement me voir, de peur de ma réaction... Bref, je vais devoir aller la semaine prochaine visiter pour la première fois cette filiale, et me faire expliquer le travail de mon futur-ex-collègue. C'est vraiment une situation pas très confortable, mais mon homologue m'a dit qu'il avait trouvé un autre boulot intéressant.

L'avoir prévenu un peu avant aura quand même peut être servit un peu... En tout cas, la semaine prochain aura lieu la prochaine réunion des salarié-es, et j'ai hatte d'entendre les explications sur "la filiale".

mardi 19 mai 2009

Vive la transparence !

Aujourd'hui, nos patrons nous avaient convoqué pour une réunion trimestrielle d'information sur l'état de l'entreprise. Ils ont commencé à organiser ça tous les 3 mois depuis décembre dernier (je raconterai ça un jour sur ce blog...)

Bref, ces réunions ont pour but de nous faire partager de manière régulière l'état de santé de l'entreprise (un peu comme Mitterand à son époque), et les mesures restrictives qui vont avec. C'est présenté comme étant un moyen de garder une bonne transparence, alors autant en profiter pour jouer avec la direction là dessus...

Donc aujourd'hui, nous avons appris que ça allait bien, mais que un petit problème de trésorerie nous donnerait 2 semaines de retard sur notre salaire de juin. Bon, on commence à être habitué-e, donc on s'en fout presque, on mangera des pâtes. À côté de ça, une des mesures qu'ils avaient demander en décembre, à savoir que chacun-e prenne des jours de congés sans solde n'a pas été vraiment mis en application pour l'instant parcequ'ils ont merdé dans la gestion. Donc à partir de juillet, tous les salaires seront automatiquement diminué de 2 jours de congés sans solde. Pour c-elles/ux qui ne voudraient les prendre que plus tard, ça va aussi. En gros, on nous facture à l'avance un crédit de 10 jours de congés.

Après cela, quelques explications sur les nouveaux produits, a eu lieu. Nous sommes formidables.

Comme les 3/4 des meubles ont été pris dans la filiale pour ramener dans la maison mère, et bien il a bien fallu dire quelques mots sur cette filiale. J'ai donc appris avec émotion, que 50% des locaux avaient été laissés, et qu'un chef de projet avait été licencié. Mais maintenant, le "noyau" qui était resté était super motivé et allait travailler sur un nouveau produit révoutionnaire. La présentation continue sur de l'autopub. Vient enfin le temps des questions.

Personne ne dit rien... Finallement, un fraiseur, qui a déjà été mis au "Kurzarbeit" (réduction imposée du temps de travail), dis "oui, mais quand même ça va être un peu chaud du cul d'avoir 2 semaines de retard sur nos payes". Les patrons ont répondu que oui, mais c'était comme ça. Suivent quelques questions technique sur la facturation des vacances.

Assis sur mon fauteil de ministre, (on a pas assez de chaises dans la salle de réunion, alors chacun-e ramène la chaise de son bureau), j'ai demandé l'air naïf quelques précisions sur "le noyau dur de la filiale". Plus exactement sur le nombre qu'ils sont. J'attends quelques secondes qu'ils préparent leur réponse, et je rajoute "oui, parcequ'ils sont plus que 6 sur la liste téléphonique alors qu'ils étaient une vingtaine autrefois, et c'est bizarre, j'ai découvert ça par hasard mais personne ne nous a prévenu !". Ce petit moment a été une assez forte jouissance. Retourner la relation de pouvoir, c'est vraiment agréable. Je crois que la moitié des salarié-es ont appris de ma bouche cet état de fait. On a eu alors droit à une superbe explication. Les salarié-es de la filiale sont nul-les, c'est pour ça qu'on les a viré-es. Nous, dans la maison mère, on est tellement bon-nes ! Et puis "beaucoup" sont parti-es d'elles/eux même, par exemple pour suivre leur femme qui a déménagé ! (c'est sûr ! Il y devait y en avoir au moins 30 dans ce cas ! ...). Mais bon, en chatouillant un peu, on arrive à tirer quelques vraies explications. On allait pas garder des doublons par rapport aux compétences de la maison mère. Donc on vire tout ce qu'on sait faire chez nous, par exemple, tou-tes les développeu-ses/rs logiciel. Arrive alors la déclaration magique : "l'équipe qui reste va être intégré formidablement bien !". Ce sont vos collègues directs désormais, c'est comme si il travaillaient à côté ! Elles/Ils font partis de l'équipe ! Du pain bénit. J'étais un peu joueur aujourd'hui, alors je suis retourné à la charge. "C'est marrant, y'a 1 an, on nous a dit mot pour mot la même chose. Leur nom d'origine ne devait plus être utilisé tellement ils étaient nos collègues. Et plouf plouf, ils ont repris leur identité le temps de les "nettoyer".". Après cette phrase, j'ai pu avec une certaine satisfaction voir des sourires sur la bouche de quelques collègues. La discussion s'est terminée par "d'autres questions sur d'autres sujets ?".

Le nettoyage silencieux à merdé aujourd'hui, je suis assez fier de moi.

mardi 21 avril 2009

Dégraissage

Aujourd'hui, j'ai à nouveau découvert la joie d'être informaticien dans une boite où les patrons sont des gros boulets du clavier.

Zut, le patron n'arrive pas à imprimer un document qui vient de la filliale qui se trouve à l'autre bout de l'Allemagne. Pas de bol. Il vient donc frapper à notre porte pour l'assister dans sa difficile tâche d'impression. Ciel, ça ne marche pas de son ordinateur. Le voilà contraint à nous envoyer le document pour que l'on essaye de l'imprimer nous même.

Après lecture du document (parcequ'il faut bien savoir un peu à quoi l'on collabore), je remarque qu'il s'agit d'une lettre de licenciement pour un salarié de la filliale en question. Encore plus con, le patron m'a envoyé les 3 documents, car 3 salarié-es vont sauter.

Ciel, c'est vrai qu'il y a un an, lorsqu'ils ont racheté cette boite en nous présentant les nouveaux membres de la famille, tout était fait pour que l'on apprenne à connaître nos "tandems" respectifs, pour que l'on ait un esprit d'équipe au delà des kilomètres, pour pouvoir produire dans la joie du village global.

Mais bizarre, depuis la crise, le divorce a eu lieu. Plus de visites chez les un-es et chez les autres, plus de nouvelles, plus de petits mots sur le frigo... Loin des yeux, loin du coeur. On les aurait presque oubliés, reclus sur nos petits problèmes locaux.

Comme je n'aime pas trop les conflits de famille, j'ai profité du fait d'obtenir des nouvelles par une voie inofficielle pour en prendre discrètement e plus larges.

Pour ça il y a un outil magnifique : le wiki. Un wiki, c'est un portail internet (chez nous il est interne), qui permet de mettre des textes en ligne, de les modifier, etc... L'avantage de ce genre d'outil est de garder un historique de toutes les modifications de chaque page. Pour faire de l'archeologie numérique, c'est formidable.

Chez nous, il y a une page avec la liste des numéros de téléphone de tout le monde. Très pratique. Quand quelqu'un-e disparait, il est effacé du tableau (un peu comme jadis sous Staline). Par contre, les peintres de staline n'avaient pas des wiki-toiles. Ici, on peut regarder par exemple la différence entre la liste actuelle et la liste du début du mois. Bon sang, déjà 11 disparu-es dans la filiale en moins de 20 jours !

Si on remonte au début de l'arrivée de la crise chez nous, et bien en voilà 2 disparu-es de plus. Allez, juste pour rigoler de la misère du voisin, on remonte à l'achat de la filiale par la maison mère. 15 disparu-es. Voilà l'effectif est donc passé de 21 personnes et quelques brevets, à 6 personnes (une dans chaque domaine technique), et les mêmes brevets, qui maintenant nous appartiennent.

Je me souviens encore comme hier du beau discours de la réunion de crise où nos patrons nous présentaient les mesures scélérates en disant "nous devons affrontez la crise ensemble, car nous ne voulons supprimer aucun poste".