Le blog de Marcel

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vendredi, février 12 2010

Du noyau dur au trou noir

Du noyau dur au trou noir, il n'y a qu'un pas. La direction de ma boite vient de le franchir.

Mes lect-rices/eurs fidèl-les se souviennent de la courte histoire de notre filiale. Pour les infidèl-les, voilà un résumé.

  • Une petite entreprise conçoit un produit similaire aux notres avec une vingtaine de salarié-es. Elle possède des brevets sur une technologie prometteuse.
  • Il y a un peu plus de 2 ans, mon entreprise la rachette. Peu importe les kilometres, les salarié-es de cette filiale entrent dans la grande famille.
  • 1 an après, la crise débarque, et la direction oblige les salarié-es à bosser gratos pour sauver l'entreprise. Les employé-es de la filiale ne le voient pas du même oeuil. Les fourbes n'ont pas le sens du sacrifice ! La direction organise donc leur isolement pour l'abattage.
  • En 1 an, 16 salarié-es disparaissent pour arriver à "un noyau dûr" de 4 personnes développant un nouveau produit pour nous. La direction nous explique que les autres étaient mauvais-es, alors que ce noyau dur est motivé et compétent ! La filiale refait son entrée dans la famille, avec un effectif diminué de 80%.
  • Le dernier salarié de la première purge ayant quitté le navire fin janvier, le noyau dur est enfin au complet. 4 salarié-es.

Aujourd'hui, 12 jours après la fin du contrat du dernier de la purge, un sous-chef que je porte dans mon coeur (celui qui avait expérimenté autrefois le harcèlement moral sur moi), m'appelle et me dit "On fait quoi pour la filiale ?". Ne comprenant pas de quoi il cause, il décide de venir nous expliquer le problème dans notre bureau. "Vous savez j'imagine qu'on a décidé de fermer la filiale ?". Mon collègue et moi tombons sur le cul. Ça fait des semaines qu'on bosse à organiser des questions informatiques pour les survivant-es, et voilà qu'ils disparaissent aussi.

Comme les bureaux coutent trop cher pour 4 personnes, et bien les salarié-es surivant-es vont devoir travailler de chez eux à partir de la semaine prochaine. Enfin, travailler... Nos patrons au grand coeur leur laissent 1 mois pour qu'ils écrivent des lettres de motivation et qu'ils trouvent un autre boulot. C'est gentil. Le sous chef nous dit avec un espèce de sourire géné "bon, pour X c'est un peu un problème, sa femme vient de le quitter, et il n'a plus de maison, donc les problèmes de l'entreprise sont le dernier de ses soucis". C'est sûr, quand on est dans la merde dans sa vie, perdre son dernier pilier qui permet d'assurer sa survie, c'est le dernier de ses soucis....

Bientôt, ils comprendront que moi aussi, l'entreprise est le dernier de mes soucis.

lundi, novembre 30 2009

Flexibilité et répression

Dans les entreprises modernes, on aime la flexibilité. Depuis mon embauche, j'ai entendu ce mot assez souvent.

Il faut être flexible et venir travailler le week-end. Il faut être flexible et faire des heures supplémentaires quand il y a des livraisons urgentes. Il faut être flexible et savoir déplacer ses vacances au bon vouloir des patrons ou des chefs. Il faut être flexible et être joignable par téléphone lorsqu'on est en vacances. Il faut être flexible et accepter de ne pas être payé pour un mois de travail. Il faut être flexible et accepter les retards dans le salaire. Bref, la flexibilité (je dirais même le contorsionisme) et une valeur primordiale de l'entpreprise.

Ayant adhéré avec joie aux valeurs de l'entreprise en signant mon contrat de travail, j'ai depuis dévelopé mon amour de la flexibilité au sein de cette dernière. Comme il faut être créatif et avoir un sens de l'initiative dans le monde merveilleux du libéralisme, j'ai introduit une nouvelle flexibilité à la liste ci-dessus. Celle d'arriver à l'heure qui me plaît au travail, et cela de manière sinusoïdale entre 12:00 et 14:00. Mais voilà, étrangement, cette flexibilité ne plaît pas à mon chef. Alors ça fait un moment que ça le dérange, et que j'ai droit à des réunions en tête à tête pour parler du problème.

La première stratégie a été la menace du chômage "Il ne faudrait pas que ton accident de reveil se transforme en accident de chômage". Ne voyant pas forcément la perspective du chômage comme quelque chose de négatif, ça n'a pas vraiment fonctionné. À vrai dire, ça à eu l'effet inverse. Réaction basique à l'autorité...

La deuxième phase a consisté à "médicaliser" cette flexibilité. "Tu devrais consulter pour tes problèmes de sommeil". "Tiens, lis donc cet article, ça explique comment devenir un lève-tôt". Nouvel echec. C'est vrai que la flexibilité salariale est une pandémie capitaliste, mais bizarement, celle-ci ne doit pas se faire soigner...

Aujourd'hui, la troisième phase a commencé. Après avoir bien étudié mon cas, mon chef a décidé de s'attaquer à quelque chose d'important pour moi : mes vacances. Il m'a donc proposé que tout retard après l'heure de 11:30 soit compté en tant que vacances. C'est pervers. N'approuvant absoluement pas la mesure, mais n'ayant pas grand pouvoir dans la décision, j'ai négocié 2 points. L'heure limite est déplacée à midi, et ne seront comptés en tant que vacances que les retards non prévenus. Si j'appelle à 11h59 pour dire "j'arrive à 13h", et bien la mesure ne s'applique pas. Malgré cette négociation, j'ai fait comprendre à mon chef que cette mesure s'appliquait sans mon consentement.

Dans la mesure où je peux prendre des congés sans solde, cette mesure pourrait finalement se transformer en réduction choisie du temps de travail... À suivre !

Pendant l'entretient, comme d'habitude, sont apparues quelques petites perles. Expliquant sans trop en faire, que ma matinée avait été un peu chaotique, entraînant mon arrivée à 13h30 j'ai eu droit à un "Le chaos de ta vie privée n'a pas à influencer ton travail.". Chiche? La prochaine fois qu'une livraison urgente viendra jouer la corde de la flexibilité, j'irai lui dire "le chaos de l'entreprise n'a pas à influencer ma vie privée". On vera ce que ça donne.

Pour finir, une petite phrase qui m'a fait sourire : "Parfois c'est pénible d'être ton chef". Peine partagée. C'est pénible d'avoir un chef...

vendredi, novembre 13 2009

Hierarchie ?

Je n'aime pas la hierarchie. Ça, mes patrons commencent à le comprendre, et mon chef aussi. Finalement, je pense que toute la hierarchie "officielle" de l'entreprise à compris que toute expression ouverte de son autorité avait des conséquences négatives sur ma productivité et ma collaboration avec les intérêts capitalistes de l'entreprise. Mais depuis peu, je me suis retrouvé confronté à une nouvelle forme d'autoritarisme inattendu. Celle du petit lêche-cul qui veut devenir sous-chef.

C'est une forme d'autorité qui est complexe à gérer au premier abord, lorsque l'on veut être solidaire de l'ensemble des salarié-es, dans un esprit marxiste old-school. Mais c'est finalement quelque chose d'assez facile à comprendre dans la logique capitaliste néo-libérale. Chacun-e, dans son esprit d'entreprise individuelle doit niquer les autres et montrer sa superiorité et ses avantages comparatifs. Certes, dans mon cas on a tous les deux un boulot, et pas de concurrence "à priori", mais à l'image des grandes entreprises qui ont réussi, le but c'est de niquer la concurrence, même si elle n'est pas une menace, parcequ'à terme, elle pourraît en devenir une.

Voilà donc comment un collègue inoffensif à priori sort depuis quelques semaines son jeu pervers à chaque occasion. Il s'agit de corriger spontanément mon travail devant notre chef, puis de me donner des tâches qu'il serait bien que je fasse. Un petit peu les basses tâches dont il ne veut pas se charger. Plus pervers encore, il me demande de réaliser des tâches qui sont de sa compétence, pour le seul plaisir de les faire avant que je n'ai eu le temps de m'y atteler, parceque j'ai un autre métier malgré tout.

Entrer dans une guerre froide avec ce collègue, comme je le fais avec ma hierarchie officielle, ça n'est pas forcément la bonne stratégie, car ça me ferait passer de "chieur anti-chef" à "chieur tout court". Ma stratégie sera donc simplement d'entrer dans son jeu jusqu'à ce qu'il se lasse : lui laisser faire tout mon travail. Au bout d'un moment, il finira par arrêter de vouloir me donner des trucs à faire si il se rend compte que ça lui retombe sur la gueule.

Au final, je me demande si il s'agit du syndrome simple du "lêche cul premier d'la classe", ou d'une manipulation perverse de mon chef, qui remarquant mon refus de son autorité, la fait passer par la voix d'un collègue.

Mais pas de bol, peu importe la bouche d'où ça sort, l'autorité n'est pas bienvenue chez Marcel...