Le blog de Marcel

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vendredi, octobre 30 2009

Réunion trimestrielle ? Rien à branler !

Nous avons eu aujourd'hui la désormais traditionelle "réunion trimestrielle" de l'entreprise. Enfin, nous c'est beaucoup dire, car je l'ai sêché.

C'est pas brillant, et c'est pas comme ça qu'on va construire un rapport de force, mais arriver avec désinvolture avec 45 minutes de retard à LA réunion où tous les chefs sont là, ça a un côté insolent qui me plaît bien. Je sais qu'ils n'y racontent que de la merde en arrondissant les angles, et donc je n'y porte même plus d'importance. J'avoue que c'est stratégiquement mal joué, parceque d'une certaine manière, ça me distancie des collègues qui subissent sans ouvrir leur gueule, mais d'un autre côté, ça me permet de reposer le rapport d'autorité que j'entretiens avec les patrons, et en ce moment c'est plutôt ce côté là qui m'intéresse.

Même si je n'ai pu apercevoir que les 2 dernières diapositives de leur diaporama PowerPoint(tm), j'ai eu le plaisir d'entendre quelques reflexions/explications croustillantes de mes patrons. En voilà une petite selection :

"On a une faveur à vous demander : réjouissez vous quand il y a des commandes !"

Parceque c'est vrai, que comme la moitié de la production est en temps partiel imposé, produire plus dans des délais intenables avec une demi-équipe, c'est pas forcément réjouissant pour les salarié-es, parceque ça veut dire travailler plus, pour rentrer plus tard, et tout ça pour sauver l'entreprise. Mais par cette petit phrase que chacun-e peut comprendre par son sens commun, le patron rétabli l'ordre : le marché est notre seigneur, remercions le de nous donner notre pain quotidien et de la joie qu'il nous procure.

Une autre citation approximative d'un autre patron était

"Les polonais on plein d'argent de l'UE pour des investissements de recherche, et il y aurait de la thune à faire là bas, mais on ne peut pour l'instant pas leur faire d'offre parcequ'ils ont une charte d'acceptation très stricte pour les achats publics. C'est quand même n'importe quoi qu'on ne puisse pas récuperer l'argent de l'UE qui leur est donné pour ces investissements, alors que l'Allemagne injecte beaucoup plus de pognon dans l'UE que la Pologne".

Et hop, ça faisait longtemps que le nationalisme et l'amour du Père-Pays n'avaient pas foutu leur nez dans l'économie. C'est aussi assez intéressant de voir la vision de l'UE qu'a ce patron. Il ne s'agit pas d'un projet politique ou humain, de rapprocher les peuples et tout le blabla qu'on entends à longueur de journée par les journaleu-ses/x, mais il s'agit bien d'un marché. Et quand on envoie de l'argent quelque part, c'est avant tout pour en récupérer d'avantage. Après la Françafrique, la Germanopologne. Ça à l'avantage de ne pas être de la langue de bois au moins.

Je passe les petites blagues d'un goût douteux pour détendre l'atmosphère, et voilà qu'arrive la question de la grippe A sur le tapis. Ça pourrait laisser penser que les patrons sont des blagueurs, mais en fait non. Le message sous-jacent est clair : on n'a pas le temps d'être malade, car il faut produire ! On s'est même vu conseillé de se faire vacciner, pour éviter de diminuer la productivité pour les derniers mois de l'année...

Au final, je sais toujours pas ce qu'ils ont racontés à cette réunion, mais ça doit ressembler à ça : "nous avons vendu des tonnes de produits qui n'exitent pas, donc soyez heureu-ses/x de travailler plus, dans plus de stress, sans tomber malade, car nous devons maintenant les produire pour sortir l'entreprise de la crise (et niquer la concurrence qui elle s'embarrasse de syndicalistes grincheu-ses/x !).

jeudi, juin 18 2009

L'art de la communication

Aujourd'hui, la direction nous a informé d'un whitepaper à lire, concernant notre stratégie de communication vers l'exterieur. L'art du mensonge reviens, mais là il est imprimé noir sur blanc.

Quatres pages pour résumer ce que le public à le droit de savoir, mais surtout d'ignorer. Je ne résiste pas. Je saute sur le document dès qu'il arrive dans ma boite aux lettres. Avec un café et une gauffre, c'est un régal au petit déjeuner.

Le document se décompose en 4 parties :

  • La motivation d'un tel document
  • les points important à faire passer
  • les faits importants
  • une foire aux questions

Ce document est nécessaire parceque nous avons de nouve-lles/aux salarié-es. J'en suis ravis. Mais je crois que c'est surtout parceque nous avons des ancien-nes salarié-es, et qu'il faut nous rappeler que ça ne doit pas se savoir. Je continue et je lis que la firme grandi fortement. À part dans les mesures scélérates, les licenciements et le temps partiel imposé, je vois pas trop ce qui a grandi. Mon salaire a plutôt rétréci pour sa part, mais bon, si les patrons disent que l'entreprise grossi, je veux bien les croire... peut être parlent-ils de ses dettes ? Je continue. Oh, ça devient intéressant. "Rassurer les marchés". Bon, j'avoue c'est pas écrit comme ça, mais c'est comme ça que je comprend "Donner une image uniforme et prévenir l'insécurité du marché". L'uniforme, c'est vrai que ça rassure les marchés, mais c'est une autre histoire...

On en arrive aux points centraux de la communication d'entreprise. Irradier sa confiance dans la stabilité de l'entreprise, voilà le point central (et donc, ça va rassurer les clients et le marché...). Nous sommes fort, et en bonne santé ! En lisant ça, ça donne envie d'aller demander une augmentation... Un peu plus loin pour les distraît-es, on en reprend une couche. "Présenter l'entreprise comme une modèle de réussite de croissance". Wahou, rien que ça. Éviter d'utiliser les expressions comme "Start-up" ou "petite entreprise". D'orénavent, j'utiliserai "End-Down" pour décrire où je travaille. Parce que décidément, on va finir très bas. Je continue ma lecture... Il est de bon ton lorsque l'on discute avec des client-es de préciser que notre entreprise n'est pas en bourse, parceque de nos jours, être en bourse c'est mal vu, et surtout les gens ont compris que la bourse, ça fait couler les boites. Si je comprend bien, nous avons donc échappé à la crise et nous avons réussi une croissance stable car nous ne fricottons pas avec les marchés financiers ! Certes on n'est pas en bourse, mais lire ça, ça chatouille quand même un peu.

Le contenu étant bien défini, on arrive à ce qu'ils appellent les "faits clés". J'ai quelques relents de café, mais je reprend un biscuit pour continuer la lecture. Beaucoup de blabla. 10% du capital appartient à une banque, le reste aux patrons. Très bien, ça permet d'avoir en tête où sont les intérêts de chacun-e. On y apprend aussi qu'on est une boite de 70 salarié-es. Je ne résiste pas à la lecture de cette information, et je retourne jeter un oeuil sur ma liste téléphonique. Bon, c'est arroni à une dizaine au dessus. Si on prend tous les gens en congé parental, en demi-poste imposé, et bien ça fait une beau chiffre bien gonflé. Ah oui, et ils ont fait le document en juin, comme ça on peu compter encore dans la filliale le double des salarié-es qui y seront plus le mois prochain car ils ont déjà été licencié-es.

On continue avec du blabla et ça fini par une information intéressante : la boîte est profitable et investit dans sa croissance. Elle ferait mieux d'investir dans des conditions de travail décentes pour ses salarié-es. Aller, encore une petite blague pour finir. Si lors d'un salon, quelqu'un-e prétend vouloir travailler chez nous, il faut lui dire qu'il y a des postes à pourvoir. Vous avez un doctorat ? Vous voulez jouer avec de la haute technologie ? Venez faire un stage gratuitement chez nous pour vous épanouïr dans votre vie !

C'est rigolo, ce document s'appelle "Juin 2009 : les faits". Moi j'aurais appelé ça "2009 : L'effet du joint".

jeudi, avril 23 2009

De l'art de l'illusion

La boîte va mal, mais il ne faut pas que ça se voit. Sinon, les clients n'achèteraient plus, et la boîte irait encore plus mal.

Et finalement, c'est tout un travail de camoufler la misère. En cette période de crise, on pourrait presque embaucher quelqu'un-e juste pour faire croire que tout va bien, tant cette activité est omni-présente dans l'emploi du temps de la direction. Bref, venons en à un exemple.

Mon ancien bureau était jusqu'à peu directement dans une pièce derrière le bureau de la secrétaire. Il avait une particularité, celui d'être une pièce ayant un mur vitré donnant sur la porte d'entrée. Une sorte de loge de concièrge en plus chic en somme. Pour des raisons obscures, on m'a demandé de déménager mon bureau dans un recoin plus invisible des visiteu-se/rs il y a peu de temps. La motivation officielle c'était que j'y aurais plus de place, et surtout que j'y aurais un espace réservé à bricoler des ordinateurs. Proposition alléchante. La vraie raison je crois, c'était surtout que la première impression qu'avaient les visiteu-se/rs de l'entreprise, c'était la vue du chaos du bureau d'un informaticien, avec trois ordinateurs ouverts sur la table en permanence, et une montagne de post-its et de feuilles brouillon avec d'obscures schémas de réseau. On a beau répéter que le génie sort du chaos, ça pouvait faire mauvaise impression quelque part.

On m'a donc prétendu que mon bureau allait être occupé par quelqu'un gérant les brevets pour l'entreprise. Une personne fantôme, puisque ce poste n'existait pas encore, et que la tendance est plus au dégraissage qu'à l'embauche. Mais bref, ça aurait été quelqu'un-e d'ordonné. En attendant, un patron m'a demandé de l'aider à réarranger le bureau après mon départ.

  • Première étape, déplacer une étagère qui était dans le couloir pour la mettre sur le mur opposé à la baie vitrée. L'intérêt ? Donner l'impression que quelqu'un-e travaille dans ce bureau.
  • Deuxième étape ajouter des plantes vertes (beaucoup)
  • Troisième étape, installer un moniteur TFT 21' et un clavier. L'observat-rice/eur attentif remarquera qu'il manque l'ordinateur, mais avec un peu de chance, la corbeille à papier fait illusion.

Voilà, nous avons donc un magnifique bureau à l'entrée de nos locaux où un juriste en propriété intellectuelle travaille à gérer nos brevets. C'est comme ça que le bureau est présenté à nos clients en visite il me semble. L'entreprise, c'est un peu Alice au pays des merveilles parfois...