Nous avons eu aujourd'hui la désormais traditionelle "réunion trimestrielle" de l'entreprise. Enfin, nous c'est beaucoup dire, car je l'ai sêché.
C'est pas brillant, et c'est pas comme ça qu'on va construire un rapport de force, mais arriver avec désinvolture avec 45 minutes de retard à LA réunion où tous les chefs sont là, ça a un côté insolent qui me plaît bien. Je sais qu'ils n'y racontent que de la merde en arrondissant les angles, et donc je n'y porte même plus d'importance. J'avoue que c'est stratégiquement mal joué, parceque d'une certaine manière, ça me distancie des collègues qui subissent sans ouvrir leur gueule, mais d'un autre côté, ça me permet de reposer le rapport d'autorité que j'entretiens avec les patrons, et en ce moment c'est plutôt ce côté là qui m'intéresse.
Même si je n'ai pu apercevoir que les 2 dernières diapositives de leur diaporama PowerPoint(tm), j'ai eu le plaisir d'entendre quelques reflexions/explications croustillantes de mes patrons. En voilà une petite selection :
"On a une faveur à vous demander : réjouissez vous quand il y a des commandes !"
Parceque c'est vrai, que comme la moitié de la production est en temps partiel imposé, produire plus dans des délais intenables avec une demi-équipe, c'est pas forcément réjouissant pour les salarié-es, parceque ça veut dire travailler plus, pour rentrer plus tard, et tout ça pour sauver l'entreprise. Mais par cette petit phrase que chacun-e peut comprendre par son sens commun, le patron rétabli l'ordre : le marché est notre seigneur, remercions le de nous donner notre pain quotidien et de la joie qu'il nous procure.
Une autre citation approximative d'un autre patron était
"Les polonais on plein d'argent de l'UE pour des investissements de recherche, et il y aurait de la thune à faire là bas, mais on ne peut pour l'instant pas leur faire d'offre parcequ'ils ont une charte d'acceptation très stricte pour les achats publics. C'est quand même n'importe quoi qu'on ne puisse pas récuperer l'argent de l'UE qui leur est donné pour ces investissements, alors que l'Allemagne injecte beaucoup plus de pognon dans l'UE que la Pologne".
Et hop, ça faisait longtemps que le nationalisme et l'amour du Père-Pays n'avaient pas foutu leur nez dans l'économie. C'est aussi assez intéressant de voir la vision de l'UE qu'a ce patron. Il ne s'agit pas d'un projet politique ou humain, de rapprocher les peuples et tout le blabla qu'on entends à longueur de journée par les journaleu-ses/x, mais il s'agit bien d'un marché. Et quand on envoie de l'argent quelque part, c'est avant tout pour en récupérer d'avantage. Après la Françafrique, la Germanopologne. Ça à l'avantage de ne pas être de la langue de bois au moins.
Je passe les petites blagues d'un goût douteux pour détendre l'atmosphère, et voilà qu'arrive la question de la grippe A sur le tapis. Ça pourrait laisser penser que les patrons sont des blagueurs, mais en fait non. Le message sous-jacent est clair : on n'a pas le temps d'être malade, car il faut produire ! On s'est même vu conseillé de se faire vacciner, pour éviter de diminuer la productivité pour les derniers mois de l'année...
Au final, je sais toujours pas ce qu'ils ont racontés à cette réunion, mais ça doit ressembler à ça : "nous avons vendu des tonnes de produits qui n'exitent pas, donc soyez heureu-ses/x de travailler plus, dans plus de stress, sans tomber malade, car nous devons maintenant les produire pour sortir l'entreprise de la crise (et niquer la concurrence qui elle s'embarrasse de syndicalistes grincheu-ses/x !).