Lorsque l'on est parachuté dans un milieu étranger, un réflexe assez basique de survie consiste à établir des liens de confiance. C'est un peu l'élément nécessaire pour se sentir bien.

Dans un milieu partiellement hostile, créer des alliances et pouvoir se fier à elles est important. Dans l'entreprise c'est assez essentiel, et c'est pour ça qu'avoir un syndicat, ça aide. Mais au delà de ça, avoir des bonnes relations entre collègues, et savoir en qui l'ont peut avoir confiance est essentiel. Là où je travaille, je n'y arrive que rârement. Quand je suis arrivé, j'ai essayé de trouver qui pourrait éventuellement sembler "à gauche". C'est pas forcément un travail évident. Beaucoup laissent des signes extérieur de gauchisme (ils/elles arrivent en vélo, avec le TAZ sous le bras, sont végétarien-nes, mangent bio, ...), mais sont en réalité pas foncièrement des allié-es possibles (par exemple un de mes patrons), simplement parcequ'ils ont une relation à leur travail qui est trop personnelle ou aveuglante. Ensuite, certaines personnes très discrettes, ou à des postes "pas de gauche" (par exemple le département achat ou marketing) peuvent se révéler des meilleurs allié-es de part leurs relation moins fusionelle avec leur travail.

Depuis mon embauche, tout le jeu à été de réussir à identifier ses alliés sans avancer trop de pions, pour ne pas risquer de dévoiler des informations à l'employeur par le biais d'un-e salarié-e trop zélé-e qu'on aurait provoqué pour tester. J'avoue que sur ce domaine, j'ai des progrès à faire.

Le fait est que mes quelques éclats publics depuis que je suis salarié ont construit une relation de confiance silencieuse dans l'autre sens. Des salarié-es me font confiance pour ne pas collaborer avec la direction si le cas se fait sentir. J'ai eu la première illustration pratique de cela il y a quelques temps.

Un collègue informaticien généralement très discret et très introverti est venu me voir alors que je bossais tout seul dans une salle. Il avait envie de causer des conditions de travail. Après quelques minutes de discussion sur ce qui pourrait être amélioré pour son sort, il m'avoue timidement en chuchottant qu'il songe à démissionner. Il a d'ailleurs une proposition pour un autre travail payé 30% plus, mais il doit donner sa réponse le lendemain.

Pour la première fois en 2 ans, je suis allé boire des coups avec un collègue pour discuter du travail. Ça fait du bien de se sentir utile. Après quelques bières, la confiance s'établie et les langues se délient. Ingénieur diplomé, il est payé comme un technicien, ne supporte pas l'autoritarisme du chef, n'a pas vu l'ombre d'une augmentation et trouve les patrons voleurs. Il m'expliquera ensuite que certain-es salarié-es qui sont employé-es depuis prêt de 10 ans n'ont jamais vu l'ombre d'une augmentation. Ça donne des perspectives tout ça...

Je suis sans doute la seule personne de la boîte à qui il n'ait jamais parlé de ça. Ça fait du bien de se sentir utile.

Il a fini par choisir de démissionner, avec en tête que ça apprendra aux chefs/patrons à traiter leurs employé-es comme ils le font. Continuez comme ça chers patrons, vous vous mordrez bientôt les doigts.