Pour la beauté du geste
Par Marcel le mardi, mars 16 2010, 20:53 - Marcel fait le chieur - Lien permanent
La réunion trimestrielle que les patrons organisent pour nous "informer" de l'état de santé de la boite vient de se passer.
Ce coup-ci, j'étais d'humeur conflictuelle étant donné ce qui vient de se passer dans la filiale, ou plutôt dans la feu-filiale. J'ai rien n'a gagner, mais finalement ça reste le dernier endroit où j'ai le temps de faire un peu de propagande et de "travail politique", étant donné que je n'ai pas le temps de militer à l'extérieur vu que je vends mon temps et mon énergie à la boite.
Bref, comme d'habitude on a eu droit à du blabla, des courbes qui montent et qui déscendent, et quelques blagues vaseuses. Ne vous inquietez pas, la situation semble bonne, on a fait plus de ventes que l'an dernier, et pas mal d'économies. Super, je me réjouis. Comme d'habitude aussi, au milieu de leur joli PowerPoint, une demi page évasive sur le sujet à évincer : la filiale. Une petite ligne pour expliquer la réduction des effectifs au minimum : 2 personnes "pour l'instant". Il restera un bureau là bas, et l'entreprise continuera en son nom à exister avec un obscure financement de la région...
Le poisson se noit bientôt dans une quantité de nouvelles informations et autres courbes. Vient enfin le temps des questions, que j'attendais avec impatience. Alors quelques questions peu problématiques, et je me lance pour revenir sur lla question qui m'est chère : la filiale. En essayant d'être naïf, je demande "vous avez écrit que les effectifs ont été réduits à 2 personnes pour l'instant. Elles font quoi ces 2 personnes, et ça veut dire quoi ce 'pour l'instant' ?". J'en profite pour rappeler les faits : "Je suis un peu surpris, y'a 6 mois vous nous dites que vous virer 15 personnes parcequ'ils/elles sont mauvais-es, et qu'il resterait un petit noyau dur de 4 personnes super motivé, et 10 jours après avoir dégagé le dernier, et bien le reste saute aussi". Réponse obscurentiste comme d'habitude : "La région a arrêté de financer le projet soudainement, donc on ne pouvait plus survivre". Étrange, en même temps, la perspective de financer une boite qui a virer 80% de ses salarié-es, c'est pas forcément bandant pour la région. Mais bon, ça n'a sans doute rien à voir...
Bref, pas de réponse sur combien de temps il restera à ces 2 personnes. Un collègue demande quand même : "et si elles partent, elles seront remplacés ?". Un oui est marmoné, pas très convainquant.
Je reviens avec ma naïveté et je demande : "Quand vous avez acheté la boite, c'était pour développer ce nouveau produit en particulier. Maintenant, il nous reste le nouveau produit et les brevets de l'ancienne boite et plus aucun salarié. Ça aurait pas été moins cher d'acheter juste les brevets ?". Bon camoufler ça comme question naïve ne trompe pas grande monde, mais ça à l'avantage d'être suffisement insolent pour provoquer le débat... L'explication qui a suivit est assez jolie. Enfin, elle a le mérite d'avoir fait dire des choses. "On est pas dans un Krimi-économique comme on voit à la télé!". "On est pas une méchante boite qui a acheté une autre, volé sa technologie et viré tout les salariés !". Non non, mais dans la pratique, ça ressmemble quand même à ça. Il nous reste les clients, la technologie, les brevets, et pas de salarié. Alors pour se défendre, on me sort quand même "Ils étaient tellement mauvais qu'on a rien gardé de leur technologie !". Intéressant ! Les patrons ont fait le choix d'investir dans une boite de mauvaise qualité, sans même avoir pour objectif de voler sa technologie, c'est quand même un choix de merde d'un point de vue pûrement économique. Mais bon, ils me le répètent : non, non, non, ça n'a pas été une OPA hostile ! Juste le hasard, et ça nous a couté des sous !. Et les patrons sont des bons princes, les personnes qui ont perdu leur boulot sont tous des ingénieurs diplomés, ils n'auront pas de soucis pour retrouver ! Et c'est pour nous, les salariés de la maison mère qu'ils ont fait ce choix, pour que nous ayons du travail ! Merci Papa !
On suivit quelques questions d'un salarié qui aimerait bien récupérer quand même son salaire qui manque depuis 1 an. "On essayera de vous payer fin 2010 si tout va bien". Si ils touchent leur thune en 2012, le champagne aura eu le temps de refroidir !
Commentaires
Bonjour
J'aime bien vos billets d'humeur (le meilleur qualificatif a mon avis).
J'aime le ton et l'ecriture et puis ça reflete tellement bien ce prechi precha liberal qui nous mêne tout droit dans le mur. Celui ci se rapproche d'ailleurs de plus en plus vite.
Bravo et continuez