Le blog de Marcel

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dimanche 28 mars 2010

Ça grogne à table...

Après plus de 2 ans de boite, je n'étais jamais sorti manger avec des collègues. Voilà qui est fait.

Je ne sais pas exactement pourquoi la sociabilisation est difficile pour moi dans cette entreprise. Est-ce que c'est moi qui refuse de me sociabiliser par le travail, pour me protéger des methodes de management qui font usage du copinage entre collègues pour surexploiter chacun-e de nous ? Est-ce simplement que les collègues que j'ai ne sont pas sympas ? Est-ce que je suis devenu tellement parano que je n'ose parler à personne du boulot de peur que ça soit un-e allié-e de la direction ?

Voilà donc que pour fêté la dernière livraison d'un produit auquel j'ai collaboré, les collègues qui étaient investi-es dans ce projet ont décidé de faire une petite bouffe pour fêter ça. En temps normal, je n'y serais pas allé, mais là, hors mis un collègue que je ne porte pas dans mon coeur, c'était en grande partie des gens qui m'avait exprimé leur soutien dans ma lutte il y a quelques temps. Manger avec eux/elles a été du plus grand intérêt.

Ma dernière petite provocation de la direction lors de la réunion de tout le personnel a plû à un collègue, qui a trouvé intéressant que la direction s'emporte et s'énerve contre moi, car ils ne s'étaient pas préparé à cette question. J'ai appris par la même que l'un des patrons qui m'avait alors pris à parti en s'énervant avait depuis toujours cette facheuse tendance à prendre toute critique personnellement et à vouloir virer les personnes qui ne lui plaisent pas.

Au fil de la discussion, j'ai appris qu'une partie des salarié-es de la production sont assez révolté-es de ce qui leur arrive : ils/elles ont été mis-es au Kurzarbeit tout l'été, puis chargé-es d'heures supplémentaires non-payées et souvent non-récupérées pendant tout l'hiver. En plus de ça, les dernier-es à avoir été embauché-es ne disposent que du minimum légal en terme congés payées, soit 24 jours/an. Ayant eu l'occasion de voir un jour un tableau récapitulant toutes les congés de tout le monde, j'ai pu voir que cela variait "à la gueule du client" entre 24 jours et 32 jours. Vivent les protections collectives !

J'ai pu ensuite apprendre un peu que nombres d'acquis qui étaient jadis accordés aux salarié-es ont disparus. Plus de prime de noël, moins de vacances, moins de salaire, plus de temps de travail... Gardons le en tête, un acquis social, ça se perds si on ne lutte pas.

On a un peu parlé de monter un Betriebsrat (Conseil d'Entreprise) pour qu'enfin les salarié-es puissent avoir des informations et avoir un moyen de pression, mais aucun-e ne semble vouloir prendre la peine de s'y pencher plus que ça. Affaire à suivre !

On a aussi parlé de la hierarchie dans la boite et de l'autoritarisme de certains chefs. Il semblerait que l'informatique ne soit pas la seule touchée par ce cancer. Ça fait malgré tout du bien de se sentir un peu moins isolé parfois...

En tout cas, si un jour ça explose enfin, je pense qu'il y aura un potentiel assez gros vu la rencoeur accumulée qui ne s'est jamais exprimée ouvertement... on peut être rêveur...

Confiance

Lorsque l'on est parachuté dans un milieu étranger, un réflexe assez basique de survie consiste à établir des liens de confiance. C'est un peu l'élément nécessaire pour se sentir bien.

Dans un milieu partiellement hostile, créer des alliances et pouvoir se fier à elles est important. Dans l'entreprise c'est assez essentiel, et c'est pour ça qu'avoir un syndicat, ça aide. Mais au delà de ça, avoir des bonnes relations entre collègues, et savoir en qui l'ont peut avoir confiance est essentiel. Là où je travaille, je n'y arrive que rârement. Quand je suis arrivé, j'ai essayé de trouver qui pourrait éventuellement sembler "à gauche". C'est pas forcément un travail évident. Beaucoup laissent des signes extérieur de gauchisme (ils/elles arrivent en vélo, avec le TAZ sous le bras, sont végétarien-nes, mangent bio, ...), mais sont en réalité pas foncièrement des allié-es possibles (par exemple un de mes patrons), simplement parcequ'ils ont une relation à leur travail qui est trop personnelle ou aveuglante. Ensuite, certaines personnes très discrettes, ou à des postes "pas de gauche" (par exemple le département achat ou marketing) peuvent se révéler des meilleurs allié-es de part leurs relation moins fusionelle avec leur travail.

Depuis mon embauche, tout le jeu à été de réussir à identifier ses alliés sans avancer trop de pions, pour ne pas risquer de dévoiler des informations à l'employeur par le biais d'un-e salarié-e trop zélé-e qu'on aurait provoqué pour tester. J'avoue que sur ce domaine, j'ai des progrès à faire.

Le fait est que mes quelques éclats publics depuis que je suis salarié ont construit une relation de confiance silencieuse dans l'autre sens. Des salarié-es me font confiance pour ne pas collaborer avec la direction si le cas se fait sentir. J'ai eu la première illustration pratique de cela il y a quelques temps.

Un collègue informaticien généralement très discret et très introverti est venu me voir alors que je bossais tout seul dans une salle. Il avait envie de causer des conditions de travail. Après quelques minutes de discussion sur ce qui pourrait être amélioré pour son sort, il m'avoue timidement en chuchottant qu'il songe à démissionner. Il a d'ailleurs une proposition pour un autre travail payé 30% plus, mais il doit donner sa réponse le lendemain.

Pour la première fois en 2 ans, je suis allé boire des coups avec un collègue pour discuter du travail. Ça fait du bien de se sentir utile. Après quelques bières, la confiance s'établie et les langues se délient. Ingénieur diplomé, il est payé comme un technicien, ne supporte pas l'autoritarisme du chef, n'a pas vu l'ombre d'une augmentation et trouve les patrons voleurs. Il m'expliquera ensuite que certain-es salarié-es qui sont employé-es depuis prêt de 10 ans n'ont jamais vu l'ombre d'une augmentation. Ça donne des perspectives tout ça...

Je suis sans doute la seule personne de la boîte à qui il n'ait jamais parlé de ça. Ça fait du bien de se sentir utile.

Il a fini par choisir de démissionner, avec en tête que ça apprendra aux chefs/patrons à traiter leurs employé-es comme ils le font. Continuez comme ça chers patrons, vous vous mordrez bientôt les doigts.

mardi 23 mars 2010

Quand la résistance est médicale...

Je n'aime pas les patron-nes, vous l'aurez bien compris. Par contre, il y a aussi pas mal d'autres choses que j'aime pas. Parmis elles, les consultation chez le médecin. À la base, essentiellement parcequ'ils/elles servent de mac au pharmacien-nes, qui nous filent des médocs inutiles quand un bon grog et 3 jours à glander seraient bien plus efficaces.

Mais bon, le système de sécurité sociale nécessite l'obtention d'un joli papier du médecin pour pouvoir faire l'usine buissonière. À la bonne heure. Jusqu'à maintenant, j'ai toujours limité mes absences maladie à une journée pour éviter d'aller voir un médecin. C'est accepté par mes patrons qui sont gentils^Wcalculateurs, et qui savent que c'est moins cher d'être absent 1 jours sans ordonnance, que 1 semaine avec.

Cette fois-ci, un défaut de fabrication m'a demandé un petit contrôle technique par un professionnel. Dans la pratique rien de bien grave, juste besoin d'économiser un peu mes mouvements.

Après une description de 40 secondes des symptômes et de la cause de cette douleur, le médecin m'a demandé si 3 jours d'arrêt maladie me convenaient. J'aurais presque trouvé ça un peu trop, mais bon, c'est elle le médecin ! Un renvoi vers une specialiste, et je ressors avec une belle ordonnance : m'acheter des nouvelles chaussures ! J'aurais simulé, ça n'aurait pas coûté plus.

Cette expérience à un peu changé mon préjugé des médecins. Ils s'approchent à mon sens plus des travailleu-ses/rs socia-les/ux que des dealers de médocs. Face à e-lles/ux, des gens victimes d'une précarisation de plus en plus forte et de conditions de travail de plus en plus mauvaises, qui en l'absence de mouvements sociaux forts pour régler ces questions, la règlent à un niveau individuel par le biais des médecins. Pour beaucoup, le simple fait d'aller voir un médecin et de simuler une douleur est déjà le symptôme du stress généré par le travail, et de ce fait légitime l'obtention d'un arrêt maladie.

Dans ma boite, toutes les personnes embauché-es depuis les dernières années ont un nombre de jours de congés par an très proche du minimum légal. Et ça, peu importe leur âge. Dans cette situation, des parents ne peuvent partir en vacances en été avec leurs enfants, que si ils n'utilisent aucun jour de vacances dans le reste de l'année. La seule solution pour éviter la folie où la dépression deviennent les congés maladie.

Qu'on ne vienne pas me parler d'abus du système de santé. Les parasites dans l'histoire c'est les patrons. Moins ils donnent de congés payés, plus l'état de santé de leurs salarié-es nécessite des arrêts de travail payés par l'assurance maladie. Bon calcul, on externalise le coût des congés dûes. Comme beaucoup de travailleu-ses/rs sociaux, les médecins résistent avec les outils à leur disposition. Merci à e-lles/ux.