Le blog de Marcel

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Mesures scélérates

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jeudi, décembre 10 2009

Noël

Noël c'est la joie, les familles unies, le moment de l'harmonie et de la réconciliation des petits conflits.

C'est comme ça dans toutes les familles un poil sous influence catho. C'est un moment "sacré", et on a pas le droit de le gâcher.

Aujourd'hui, il y avait la fête de Noël de l'entreprise. C'est moins impressionnant que l'an dernier, mais il faut dire que les petites disputes de famille ne sont pas du même ordre... Comme les patrons n'ont pas grand chose à se faire pardonner cette année, et qu'il faut montrer qu'on continue à serrer la ceinture, et bien la petite fête a été limitée cette année à un peu de vin chaud et un buffet dans la grande salle de réunion. "Dans l'intimité" pour ainsi dire. Car c'est vrai, rien ne vaut l'intimité et la chaleur du foyer pour fêter Noel.

Bizarrement, cette fête de Noël n'enchante pas. Une collègue me voyant assis à mon bureau à finir des petits trucs en retard me demande "Tu n'as pas envie de fêter ?". Le problème n'est pas tellement que je n'aime pas noël, mais plutôt cette fête me rappelle celle de l'an dernier. Flash back.

Début décembre 2008, chacun-e se prépare à fêter noël, dans la joie et la bonne humeur, dans la douceur de son foyer. La neige recouvre l'Allemagne, les lumières en forme de petit jésus, d'étoile et de père noël commencent à illuminer la ville... Tout allait bien... Nous étions préparé-es à une grande fête de noël d'entreprise incroyable, préparée en secret par les patrons (et la secrétaire), et ce dans quelques jours seuelement.... Mais voilà, la veille de la date fatidigue, une réunion de tout le personnel est convoquée pour le lendemain après-midi. J'y allais les mains dans les poches en m'attendant à un truc chiant d'auto-satisfaction. En bon cancre, je m'installe au fond de la salle, près de la porte, et du radiateur, en regardant passivement les courbes qui montent et qui décendent. Soudainement, un mot chatouille mon oreille : "crise". Mais bon c'est la saison et on l'entends 100 fois par jour à la radio... Mais là, après avoir énuméré l'ensemble des économies entreprises depuis quelques mois pour améliorer la situation, nos patrons présentent les "mesures" pour 2008 et 2009. Là mon oreille se dresse. Les 2 mesures phare pour 2008 sont présentées : renoncer à toutes ses vacances en reste (elle ne seront ni payés, ni déplaçable à l'année suivante), et renoncer à son salaire du mois en cours. L'objectif de cette entourloupe : présenter un bilan positif à une banque, pour qu'elle ne retire pas son prêt et qu'elle soit heureuse. Et pour fausser un bilan, il faut faire les économies dans l'année comptable, qui finit le 31 décembre. Histoire de s'assurer d'une totale réussite de cette opération, la signature est nécessaire le lendemain matin, empêchant toute reflexion collective sur une solution alternative. À la question "si on refuse ?", la réponse est claire "on devra se séparer de vous". Chacun-e rentre chez elle/lui affolé-e par la nouvelle.

La nuit suivant la réunion, je décidais de ne pas signer ce papier de renoncement, et d'expliquer mes raisons par voie de mail à l'ensemble des salarié-es. Peine perdue, les 80 autres salarié-es rendaient leur copie dans les 2 jours suivant, acceptant ainsi de travailler gratuitement pendant 1 mois, pour faire plaisir à un banquier. Le lendemain j'étais devenu la bête noire. Les gens ne s'approchaient plus vraiment de moi, de peur d'être repéré comme un soutient à celui qui fout la merde dans notre fraternelle entreprise. Aucune réaction fût pire qu'un bon conflit ouvert. J'attendais le soir et la fameuse fête de noel pour enfin avoir quelques réactions de soutient.

Cette fête de Noël aurait fait un épisode de Strip-tease d'une qualité remarquable. L'ensemble des salarié-es passant une soirée open-bar dans un centre de "sport de plage d'intérieur". La masse salariale séparée en 4 équipes -un patron dans chacune-, pour une soirée jeux de plage à la club-med. Tire à la corde, et autres débilité qu'on imagine dans les bronzés. La différence, 80 personnes viennent d'offrir 1 mois de salaire à leurs patrons. Pas trop une raison de se réjouir... Ont suivi 2 bonnes semaines de harcèlement moral pour tenter de m'obliger à signer un renoncement de salaire "par solidarité avec les autres salarié-es".

Alors bon, non j'ai pas trop envie de fêter avec eux/elles ce soir.

lundi, novembre 30 2009

Flexibilité et répression

Dans les entreprises modernes, on aime la flexibilité. Depuis mon embauche, j'ai entendu ce mot assez souvent.

Il faut être flexible et venir travailler le week-end. Il faut être flexible et faire des heures supplémentaires quand il y a des livraisons urgentes. Il faut être flexible et savoir déplacer ses vacances au bon vouloir des patrons ou des chefs. Il faut être flexible et être joignable par téléphone lorsqu'on est en vacances. Il faut être flexible et accepter de ne pas être payé pour un mois de travail. Il faut être flexible et accepter les retards dans le salaire. Bref, la flexibilité (je dirais même le contorsionisme) et une valeur primordiale de l'entpreprise.

Ayant adhéré avec joie aux valeurs de l'entreprise en signant mon contrat de travail, j'ai depuis dévelopé mon amour de la flexibilité au sein de cette dernière. Comme il faut être créatif et avoir un sens de l'initiative dans le monde merveilleux du libéralisme, j'ai introduit une nouvelle flexibilité à la liste ci-dessus. Celle d'arriver à l'heure qui me plaît au travail, et cela de manière sinusoïdale entre 12:00 et 14:00. Mais voilà, étrangement, cette flexibilité ne plaît pas à mon chef. Alors ça fait un moment que ça le dérange, et que j'ai droit à des réunions en tête à tête pour parler du problème.

La première stratégie a été la menace du chômage "Il ne faudrait pas que ton accident de reveil se transforme en accident de chômage". Ne voyant pas forcément la perspective du chômage comme quelque chose de négatif, ça n'a pas vraiment fonctionné. À vrai dire, ça à eu l'effet inverse. Réaction basique à l'autorité...

La deuxième phase a consisté à "médicaliser" cette flexibilité. "Tu devrais consulter pour tes problèmes de sommeil". "Tiens, lis donc cet article, ça explique comment devenir un lève-tôt". Nouvel echec. C'est vrai que la flexibilité salariale est une pandémie capitaliste, mais bizarement, celle-ci ne doit pas se faire soigner...

Aujourd'hui, la troisième phase a commencé. Après avoir bien étudié mon cas, mon chef a décidé de s'attaquer à quelque chose d'important pour moi : mes vacances. Il m'a donc proposé que tout retard après l'heure de 11:30 soit compté en tant que vacances. C'est pervers. N'approuvant absoluement pas la mesure, mais n'ayant pas grand pouvoir dans la décision, j'ai négocié 2 points. L'heure limite est déplacée à midi, et ne seront comptés en tant que vacances que les retards non prévenus. Si j'appelle à 11h59 pour dire "j'arrive à 13h", et bien la mesure ne s'applique pas. Malgré cette négociation, j'ai fait comprendre à mon chef que cette mesure s'appliquait sans mon consentement.

Dans la mesure où je peux prendre des congés sans solde, cette mesure pourrait finalement se transformer en réduction choisie du temps de travail... À suivre !

Pendant l'entretient, comme d'habitude, sont apparues quelques petites perles. Expliquant sans trop en faire, que ma matinée avait été un peu chaotique, entraînant mon arrivée à 13h30 j'ai eu droit à un "Le chaos de ta vie privée n'a pas à influencer ton travail.". Chiche? La prochaine fois qu'une livraison urgente viendra jouer la corde de la flexibilité, j'irai lui dire "le chaos de l'entreprise n'a pas à influencer ma vie privée". On vera ce que ça donne.

Pour finir, une petite phrase qui m'a fait sourire : "Parfois c'est pénible d'être ton chef". Peine partagée. C'est pénible d'avoir un chef...

jeudi, juillet 9 2009

Congés payantes

Il y a de cela quelques mois (en décembre dernier pour être précis), la "crise" a été livré par le père noël aux salarié-es de la boite.

Youpi ! Des petits paquets pour tout le monde ! Parmis ces paquets de mesures, toutes plus scélérates les unes que les autres, il y en avait quand même une sympathique : chacun-e était invité-e à prendre plus de vacances pour l'année 2009. Certes, des congés sans solde, mais pour le coup, ça m'arrangeait plutôt bien, comme j'avais besoin d'un peu plus de temps pour faire des choses utiles... Comme je l'ai vaguement énoncé dans un billet précédent, la "facturation" de ces vacances qui devait se faire à mesure se fera finalement dans les 5 derniers mois de l'année à raison de 2 jours/mois.

Pour c-elles/ux qui ont l'immense privilège de ne pas être à temps partiel, ça fait quand même une baisse de 8% du salaire sur les 5 derniers mois. Ils avaient promis que les personnes mises au temps partiel n'auraient pas à prendre ces congés, je suis pas trop sûr que ça ait été vraiment respecté... Bref, vous me direz au moins ces 8% de baisse de salaire correspondent à 8% de réduction de temps de travail !

Oui, mais non. Ici, c'est la magie de Disney dans un oeuf Kinder.

Lors d'une de nos réunion de service qui a suivit la dernière réunion de l'ensemble des salarié-es, notre chef nous a "réexpliqué" le système de la facturation des congés sans solde. "Ça n'est pas parcequ'il y a 2 jours par mois qu'il faut impérativement les prendre chaque mois" qu'il nous dit. Il ajoute après un petit détail qui chatouille... "Mais d'ailleurs, on a vraiment beaucoup de travail au niveau logiciel, et vous avez le droit de prendre ces congés, c'est évident ! Mais si vous ne les prenez pas, ça serait vraiment bien pour l'entreprise !".

Rien que ça !

Pour mémoire, ce petit paquet cadeau à connu les mutations suivantes :

  1. "Il serait vraiment bien que chacun-e des salarié-es prenne 10 jours de congés sans solde en 2009 !" (ah oui ? on a le choix ? trop cool !)
  2. "Les 10 premiers jours de congés que vous prendrez seront considérés comme sans-solde !" (le volontariat a déjà été remplacé par une acceptation de fait uni-latérale)
  3. "On a merdé et on vous facturera les 10 jours de congés les 5 derniers mois de l'année" (et hop, vive la précarité. Celui/celle qui avait compté sur son salaire complet pour la fin de l'année peut se brosser...)
  4. "Finalement, maintenant qu'on a organisé la machine pour vous facturer tou-tes de la même manière, ça serait gentil de pas prendre ce qu'on vous a vendu de force" (le chantage affectif pour mère entreprise est revenu !)

Voilà comment on transforme discrètement une proposition basée sur le volontariat en devoir scélérat sans que personne ne bronche.

Y'a pas à dire, vive l'entreprise et vive le salariat !