Le blog de Marcel

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mercredi, septembre 23 2009

Histoires de salaires (1)

Ici, nos patrons et nous avons une relation assez classique en apparence, dans le cadre du travail salarial. Au delà des histoires de cul, on a des histoires de salaires.

Je vais laisser de côté les histoires de cul pour une prochaine fois, parce que les histoires de salaires vont déjà prendre un petit moment (certainement plusieurs chroniques) et sont certainement bien plus excitantes...

Mes lect-rices/eurs fidèles l'auront certainement remarqué, j'ai souvent évoqué sur ce blog des "mesures scélérates de sortie de crise". J'y reviendrai dans un prochain billet, mais il s'agissait déjà d'une des premières "affaire de salaire" de ma boite. En substance, nos patrons ont demandé à leurs salarié-es en décembre dernier de renoncer à leur salaire du mois, en continuant à travailler gentillement, le tout pour transformer un mauvais bilan en un bilan positif, et faire jouïr les bourses de la banque qui leur prête des sous-sous. C'est donc prouvé par la pratique de notre entreprise, le salaire est la variable d'ajustement la plus efficace pour faire plaisir aux marchés... Enfin, une variable, mais qui ne varie en pratique que vers le bas. Mais je m'égare, et revenons en à nos saute-moutons.

Cette première "affaire de salaire" fût également mon vrai dépucelage salarial. Et bien ça fait mal, le viol comme première expérience, c'est pas idéal pour continuer à aimer ça. Certes, je me suis défendu à grand coups de pieds dans les bourses, mais ça laisse un souvenir amère quand les agresseurs reviennent à la charge. Au final, j'ai été le seul salarié à ne pas accepter de travailler gratos, et à ne pas renoncer à son salaire. Résultat, je sème la zizannie au service comptabilité !

Comme je ne suis pas un gros flambeur et que je touche plus de pognon que j'en dépense, et bien je ne fais plus trop gaffe à mes finances. Cela dit, je me suis mis à contrôler un peu mes fiches de paye et les virements qui avaient été réalisés sur mon compte il y a quelques jours, à la base, pour voir combien de jour de congé sans soldes avaient été déjà retirés avant la mise en place de leur retrait automatique... Et bien c'était plutôt une bonne idée. Je me suis donc rendu compte assez rapidement qu'il valait mieux aller dire bonjour à la banquière pour qu'elle confirme qu'effectivement, il manquait un salaire. Bon, j'ai mis 4 mois pour m'en rendre compte c'est un léger de ma part, mais le fait reste qu'il manquait l'air de rien, avec le salaire de mars nommé avril, et le salaire de mars réel envolé dans la nature.

En allant frapper aux ressources humaines, le responsable a admis son "erreur" assez rapidement. Quelques jours plus tard, le temps de "tout recontroller" il est revenu en m'expliquant les choses obscures de mes fiches de paye, et en m'apprenant également qu'ils avaient pris 2 jours de congés sans solde en trop au mois de février. Bref, régularisation de la situation.

Un peu facile mes direz vous, et j'avoue que j'ai quelques doutes sur sa bonne foi... mais il est arrivé un élément nouveau.

Hier, l'un des patrons, nous envoie un mail au sujet évocateur "salaires du mois d'Août". Avant même de l'ouvrir, je m'attends à un nouveau retard de salaire. Mais là, oh surprise, c'est différent. Les salaires ont bien été virés, mais... 2 fois au lieu d'une "parce que le logiciel a eu un bug". Le logiciel à bon dos lorsque le problème se situe entre la chaise et le clavier... Il nous demande donc de gentillement rendre les sous-sous à papa, car c'est trop compliqué et trop cher de faire ça via la banque. Rhoooooooo, c'est quand même pas de chance ça ! C'est stupide, mais je pense que cela prouve la bonne foi des ressources humaines vis à vis de mon salaire manquant : ce sont des boulets.

Par contre, je me demande bien quelle comportement vont adopter les autres salarié-es. Finalement, ce salaire de trop, ça n'est que le remboursement de celui qu'on leur a volé en décembre, alors le "rendre" n'a pas vraiment de sens... Si je voulais rééquilibrer la balance, je pourrais le garder 4 mois, parce que bon, celui qu'on m'a payé en retard, j'ai pas vu beaucoup d'intérêts dessus. En tout cas, 4 mois ou pas, ils vont l'attendre encore un peu...

jeudi, juin 18 2009

L'art de la communication

Aujourd'hui, la direction nous a informé d'un whitepaper à lire, concernant notre stratégie de communication vers l'exterieur. L'art du mensonge reviens, mais là il est imprimé noir sur blanc.

Quatres pages pour résumer ce que le public à le droit de savoir, mais surtout d'ignorer. Je ne résiste pas. Je saute sur le document dès qu'il arrive dans ma boite aux lettres. Avec un café et une gauffre, c'est un régal au petit déjeuner.

Le document se décompose en 4 parties :

  • La motivation d'un tel document
  • les points important à faire passer
  • les faits importants
  • une foire aux questions

Ce document est nécessaire parceque nous avons de nouve-lles/aux salarié-es. J'en suis ravis. Mais je crois que c'est surtout parceque nous avons des ancien-nes salarié-es, et qu'il faut nous rappeler que ça ne doit pas se savoir. Je continue et je lis que la firme grandi fortement. À part dans les mesures scélérates, les licenciements et le temps partiel imposé, je vois pas trop ce qui a grandi. Mon salaire a plutôt rétréci pour sa part, mais bon, si les patrons disent que l'entreprise grossi, je veux bien les croire... peut être parlent-ils de ses dettes ? Je continue. Oh, ça devient intéressant. "Rassurer les marchés". Bon, j'avoue c'est pas écrit comme ça, mais c'est comme ça que je comprend "Donner une image uniforme et prévenir l'insécurité du marché". L'uniforme, c'est vrai que ça rassure les marchés, mais c'est une autre histoire...

On en arrive aux points centraux de la communication d'entreprise. Irradier sa confiance dans la stabilité de l'entreprise, voilà le point central (et donc, ça va rassurer les clients et le marché...). Nous sommes fort, et en bonne santé ! En lisant ça, ça donne envie d'aller demander une augmentation... Un peu plus loin pour les distraît-es, on en reprend une couche. "Présenter l'entreprise comme une modèle de réussite de croissance". Wahou, rien que ça. Éviter d'utiliser les expressions comme "Start-up" ou "petite entreprise". D'orénavent, j'utiliserai "End-Down" pour décrire où je travaille. Parce que décidément, on va finir très bas. Je continue ma lecture... Il est de bon ton lorsque l'on discute avec des client-es de préciser que notre entreprise n'est pas en bourse, parceque de nos jours, être en bourse c'est mal vu, et surtout les gens ont compris que la bourse, ça fait couler les boites. Si je comprend bien, nous avons donc échappé à la crise et nous avons réussi une croissance stable car nous ne fricottons pas avec les marchés financiers ! Certes on n'est pas en bourse, mais lire ça, ça chatouille quand même un peu.

Le contenu étant bien défini, on arrive à ce qu'ils appellent les "faits clés". J'ai quelques relents de café, mais je reprend un biscuit pour continuer la lecture. Beaucoup de blabla. 10% du capital appartient à une banque, le reste aux patrons. Très bien, ça permet d'avoir en tête où sont les intérêts de chacun-e. On y apprend aussi qu'on est une boite de 70 salarié-es. Je ne résiste pas à la lecture de cette information, et je retourne jeter un oeuil sur ma liste téléphonique. Bon, c'est arroni à une dizaine au dessus. Si on prend tous les gens en congé parental, en demi-poste imposé, et bien ça fait une beau chiffre bien gonflé. Ah oui, et ils ont fait le document en juin, comme ça on peu compter encore dans la filliale le double des salarié-es qui y seront plus le mois prochain car ils ont déjà été licencié-es.

On continue avec du blabla et ça fini par une information intéressante : la boîte est profitable et investit dans sa croissance. Elle ferait mieux d'investir dans des conditions de travail décentes pour ses salarié-es. Aller, encore une petite blague pour finir. Si lors d'un salon, quelqu'un-e prétend vouloir travailler chez nous, il faut lui dire qu'il y a des postes à pourvoir. Vous avez un doctorat ? Vous voulez jouer avec de la haute technologie ? Venez faire un stage gratuitement chez nous pour vous épanouïr dans votre vie !

C'est rigolo, ce document s'appelle "Juin 2009 : les faits". Moi j'aurais appelé ça "2009 : L'effet du joint".

samedi, avril 25 2009

Tout va bien (oups, mauvaise liste de diffusion)

Dans mon entreprise, nous avons une liste de diffusion de l'ensemble des salarié-es. C'est très pratique pour annoncer que les toilettes sont bouchées où que Jochen fête son anniversaire et a amené du gâteau dans la cuisine.

Mais dans cette liste, il y a aussi les quelques salarié-es des filliales étrangères. Ça représente 4 ou 5 personnes.

Comme ces personnes ne parlent pas l'allemand, On m'a demandé de créer des listes allemandes comprenant tout le monde, sauf e-lles/ux. Mais au final, ces listes ne servent pas uniquement à épargner les étranger-es des problèmes de toilettes bouchées, mais aussi à les évincer des communications des mauvaises nouvelles.

Par contre, comme je l'ai déjà suggéré dans un autre billet, mes patrons sont des boulets du clavier. Donc parfois, ils se trompent et envoient les mauvaises nouvelles à tout le monde. Dernière en date, l'annonce de deux semaines de retard sur le virement des salaires a été malencontreusement aussi envoyé aux étranger-es. Ça la fout mal pour réussir à faire illusion auprès des salarié-es qui sont loin, que notre entreprise va bien.

Comme une fleur, la direction vient après ce genre de gaffes dans mon bureau pour me demander de réparer leur bétise et de censurer les boites mails des salarié-es. C'est déjà arrivé 3 fois, et je me débrouille pour que la censure soit inefficace, mais je trouve la méthode assez significative de la transparence qui existe dans la communication entre la direction et les salarié-es...

jeudi, avril 23 2009

De l'art de l'illusion

La boîte va mal, mais il ne faut pas que ça se voit. Sinon, les clients n'achèteraient plus, et la boîte irait encore plus mal.

Et finalement, c'est tout un travail de camoufler la misère. En cette période de crise, on pourrait presque embaucher quelqu'un-e juste pour faire croire que tout va bien, tant cette activité est omni-présente dans l'emploi du temps de la direction. Bref, venons en à un exemple.

Mon ancien bureau était jusqu'à peu directement dans une pièce derrière le bureau de la secrétaire. Il avait une particularité, celui d'être une pièce ayant un mur vitré donnant sur la porte d'entrée. Une sorte de loge de concièrge en plus chic en somme. Pour des raisons obscures, on m'a demandé de déménager mon bureau dans un recoin plus invisible des visiteu-se/rs il y a peu de temps. La motivation officielle c'était que j'y aurais plus de place, et surtout que j'y aurais un espace réservé à bricoler des ordinateurs. Proposition alléchante. La vraie raison je crois, c'était surtout que la première impression qu'avaient les visiteu-se/rs de l'entreprise, c'était la vue du chaos du bureau d'un informaticien, avec trois ordinateurs ouverts sur la table en permanence, et une montagne de post-its et de feuilles brouillon avec d'obscures schémas de réseau. On a beau répéter que le génie sort du chaos, ça pouvait faire mauvaise impression quelque part.

On m'a donc prétendu que mon bureau allait être occupé par quelqu'un gérant les brevets pour l'entreprise. Une personne fantôme, puisque ce poste n'existait pas encore, et que la tendance est plus au dégraissage qu'à l'embauche. Mais bref, ça aurait été quelqu'un-e d'ordonné. En attendant, un patron m'a demandé de l'aider à réarranger le bureau après mon départ.

  • Première étape, déplacer une étagère qui était dans le couloir pour la mettre sur le mur opposé à la baie vitrée. L'intérêt ? Donner l'impression que quelqu'un-e travaille dans ce bureau.
  • Deuxième étape ajouter des plantes vertes (beaucoup)
  • Troisième étape, installer un moniteur TFT 21' et un clavier. L'observat-rice/eur attentif remarquera qu'il manque l'ordinateur, mais avec un peu de chance, la corbeille à papier fait illusion.

Voilà, nous avons donc un magnifique bureau à l'entrée de nos locaux où un juriste en propriété intellectuelle travaille à gérer nos brevets. C'est comme ça que le bureau est présenté à nos clients en visite il me semble. L'entreprise, c'est un peu Alice au pays des merveilles parfois...